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« Je me bats tous les jours… » Christiane Taubira, une campagne en « chemin de croix »

Le navire sombre mais elle tente de garder la tête hors de l’eau. Christiane Taubira arrive en forme, jeudi, à Colombes (Hauts-de-Seine) pour une journée consacrée au handicap. Même le masque ne parvient pas à lui ôter son sourire. La candidate à la présidentielle est accueillie par le soleil et les applaudissements des personnes travaillant dans un Esat (établissements ou services d’aide par le travail) consacré à la restauration. « Je suis très heureuse d’être là et de voir ce que vous faites. C’est un cadeau pour moi. Merci de me consacrer du temps », glisse-t-elle à l’entrée. Malgré des sondages en berne et un trop faible nombre de parrainages à deux semaines de la date couperet, l’ancienne ministre de la Justice poursuit sa campagne, l’air de rien.

« Mon envie, c’est de créer le rassemblement »

Blouse sur les épaules et charlotte sur la tête, Christiane Taubira échange longuement avec le personnel en situation de handicap. « J’en sais moins que vous sur la cuisine, même s’il y a une ou deux choses que je sais faire, s’amuse-t-elle. Mais vous faites la démonstration qu’il n’y a pas de sens à séparer les personnes en situation de handicap. Vous avez confiance en vous, et vous avez raison ». L’ancienne garde des Sceaux insiste sur la nécessité d’appliquer les lois existantes, notamment sur l’insertion des travailleurs handicapés sur le marché du travail. « Elles sont pratiquement complètes, mais il faut qu’on les fasse respecter, dans les entreprises et l’administration, ou qu’on mette des amendes », dit-elle à une jeune salariée inquiète.

La Guyanaise évoque aussi son goût pour la flûte de pan, la littérature, et déclame même quelques vers écrits par l’un des membres de l’établissement. « Je vous aime bien, et j’aime bien François Hollande », confie l’une des travailleuses. « Il a de la chance, Hollande ! Je vais lui dire qu’Elodie l’aime bien », réplique la candidate. Une autre lui confie son désir de voir la gauche revenir au pouvoir. « Vous avez raison, répond Christiane Taubira. Je me bats pour ça, mon envie, c’est de créer le rassemblement. »

« On aurait pu la préserver de ce qui ressemble à un chemin de croix »

Mais Christiane Taubira n’ignore pas l’iceberg qui se profile droit devant. Au dernier décompte du Conseil constitutionnel, jeudi soir, sa candidature ne rassemble que 86 parrainages. Loin, très loin des 500 nécessaires pour pouvoir être dans la course après le 4 mars prochain. Le défi semble d’autant plus grand que la candidate a vu une partie des troupes quitter le navire. Son ancien parti, le Parti radical de gauche, seule formation politique à la soutenir, s’est mis « en retrait » de sa campagne lundi, actant l’échec de la promesse de rassemblement à gauche. Même au sein de la Primaire populaire, qui l’a désignée fin janvier, certains s’interrogent sur le fait de maintenir ou non leur soutien.

Cette campagne éclair ressemble de plus en plus à un mauvais rêve pour l’ancienne ministre de François Hollande. Sa prestation maladroite devant la fondation Abbé Pierre, début février, a accentué les critiques de ses adversaires sur son manque de préparation. « Ce n’est pas bien d’avoir encouragé Taubira à aller dans cette galère. Elle a un statut, une aura. On aurait pu la préserver de ce qui ressemble à un chemin de croix », pique l’eurodéputé EELV David Cormand, soutien de Yannick Jadot.

« Je me bats, voilà mon état d’esprit »

Dans l’entourage de la candidate, on commence à douter de l’avenir. « Je ne vais pas vous dire que tout va bien, qu’on est confiant sur les parrainages. Mais ce serait un affaissement démocratique qu’une candidate avec une légitimité populaire ne soit pas sur la ligne de départ », souffle l’ex-député socialiste Daniel Goldberg, l’un de ses soutiens, qui accuse le Parti socialiste d’avoir fait pression sur des élus concernant les parrainages.

L’intéressée, elle, affiche sa persévérance et retoque les questions sur son probable abandon. « Je me bats tous les jours, ça fait des années que je me bats tous les jours. Voilà mon état d’esprit. Je ne me bats pas car je suis oisive et inoccupée. Je me bats car il y a urgence en matière écologique, en matière de justice sociale et de solidarité, urgence en matière de diplomatie. Il y a mille urgences devant nous, insiste Christiane Taubira. Les Français en sont conscients, ils n’ont jamais cessé de se battre dans ce quinquennat qui les a brutalisés. Moi qu’est-ce que je fais, je rentre chez moi ? » Il n’y a pas longtemps, Richard Ferrand raillait les campagnes « Titanic » de la gauche. Même si le navire prend l’eau de toute part, Christiane Taubira ne se résout pas encore à l’abandonner.

*Esat : Etablissements ou services d’aide par le travail, qui offrent aux personnes handicapées des activités diverses à caractère professionnel et un soutien médico-social et éducatif en vue de favoriser leur épanouissement personnel et social.

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