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« Le début du XXIe siècle se construit là »

Le ministre français de l’Economie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire à Londres (Royaume-Uni) pour la réunion du G7, le 4 juin 2021 (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Un impôt mondial, une taxe minimale de 15% sur les multinationales pour qu’elles ne puissent pas échapper au fisc : les pays du G7 ont acté la décision samedi 5 juin. Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, salue une décision historique et elle explique pourquoi ce qui paraissait impossible pour beaucoup il y a quelques mois encore, a fini par arriver. L’analyse du sociologue Jean Viard.

Jean Viard : Ce qui a changé la donne, c’est la position américaine. Donald Trump s’est opposé constamment depuis quatre ans à cet accord international sur la fiscalité. Joe Biden, lui, a ouvert la voie à cet accord. Mais je pense que ça montre à quel point, lorsque les Etats occidentaux sont unis, ils peuvent faire bouger les choses.

Et puis il y a la crise que nous vivons depuis des mois. Nous avons tous beaucoup dépensé au cours des derniers mois pour protéger nos entreprises, pour protéger nos salariés. Cet accord représente des dizaines de milliards d’euros de recettes fiscales pour les États concernés.

Dans cette affaire, la pandémie a changé la donne.

Oui, mais moi, j’y vois une rupture culturelle. Vous savez, Churchill avait une phrase fétiche. Il disait : « Il ne faut jamais gâcher une bonne crise ». Cela veut dire, en gros, qu’une crise ouvre des opportunités à la France. C’est évidemment une tragédie, mais elle ouvre des opportunités. On a mené une bataille pendant 18 mois, on a eu peur, on a été malades, mais finalement, on a travaillé dans un immense commun. On a regardé ce que faisaient les autres. On s’est acheté des masques, on a inventé des vaccins à une vitesse incroyable et au fond, on a été protégés par ce commun malgré la crise. Et au fond, je pense qu’on entre dans une nouvelle période historique, c’est le premier pas. Des choses qui paraissaient impossibles, parce qu’il n’y pas de rapport de force, tout d’un coup, il y a un accord.

On entre dans une nouvelle période historique, c’est le premier pas.

Jean Viard, sociologue

à franceinfo

Alors attention, c’est un accord mondial des démocraties. C’est-à-dire que l’intérêt aussi, c’est que les démocraties reprennent la bataille pour l’organiser sur la planète, notamment face, évidemment, à la Chine. Et puis face aux régimes populistes. Parce que dans cette pandémie, il y avait un triangle. Il y avait là des systèmes chinois efficaces en termes de santé publique, terribles en termes de liberté. Il y avait le modèle démocratique qui n’a pas été si mauvais. Et puis, il y avait des populistes qui ont été lamentables. Et là, au fond, les démocraties font groupe avec une nouvelle idée de l’égalité et l’idée qu’on a un commun. Et c’est normal qu’on allie, derrière, la deuxième réforme : sur la question écologique, parce que le monde de demain, il est vital qu’on ait une bataille commune, sinon, quelque part, on va mourir de chaud. Donc, si vous voulez, là se construit vraiment, je crois, le début du XXIe siècle.

Dans ce que disait Bruno Le Maire, il y a aussi cette idée que tout le monde doit participer à l’effort de guerre. Il a parlé des sommes très importantes dépensées par les États pour soutenir l’économie et des milliards que vont rapporter cette taxe minimale. C’est cette idée de légitimation de la décision. Une question de justice aussi.

Bien sûr mais bon, ne soyons pas naïfs. C’est vrai qu’on a besoin d’argent. On en a dépensé beaucoup et il faudra rembourser. Donc, c’est vrai que ça contribue. Je ne sais pas combien la France va récupérer dans cette affaire. Les chiffres sont variables. On peut en dire entre 10 et 20 milliards, mais multipliés sur 20 ans, ça fait pas mal par rapport au remboursement des emprunts.

En même temps, il va falloir faire attention à des pays comme l’Irlande. Ils arnaquent un peu sur le fiscal, donc il faudra bien être un peu solidaires, sinon on n’arrivera à rien. Mais je crois qu’il faut mettre d’abord le commun culturel avant le fait que la politique a repris la main sur l’économie comme elle l’avait eu après guerre. Les Trente Glorieuses, c’est une action du politique sur l’économie qu’on avait perdue avec Thatcher et Reagan. Donc on revient, je dirais, à une domination du politique sur l’économie, ou disons une cogestion du monde entre ces deux puissances. 

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