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Gironde : Qui est Edwige Diaz, nouvelle députée RN de la onzième circonscription ?

La rencontre était d’abord convenue dans son village de Saint-Savin, où elle continuera d’habiter, même si elle vient de démissionner de sa fonction de conseillère municipale d’opposition, pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats. Mais, une « visio de Marine » de dernière minute s’étant rajoutée à son agenda, c’est finalement à Bordeaux, dans un café proche du conseil régional où elle siège « au sein du premier groupe d’opposition à Alain Rousset », que la nouvelle députée RN nous donne rendez-vous, lundi matin.

Edwige Diaz, 34 ans, élue à l’Assemblée nationale avec 58,7 % sur la onzième circonscription de la Gironde le 19 juin dernier, est une femme pressée. Elle doit urgemment régler des détails de logistique, pour ne plus devoir traîner sa valise constamment derrière elle, et débourser « 250 euros pour une chambre d’hôtel sous les toits à Paris ». Car sa semaine va désormais s’organiser entre la capitale et la Gironde.

Du jeudi soir au lundi, elle sera dans sa circonscription, ou à Bordeaux pour les plénières du conseil régional, et du mardi au jeudi à Paris pour les séances à l’Assemblée, ce qui lui « dégagera aussi plus de plage horaire pour répondre aux sollicitations médiatiques », reconnaît-elle. Car Edwige Diaz, qui était déjà porte-parole de Marine Le Pen durant la présidentielle, fait partie de ces jeunes élus RN qui présentent bien, manient les éléments de langage à la perfection, et sont donc poussés en avant sur les plateaux télé par un parti en quête de dédiabolisation.

« Aujourd’hui il n’y a plus grand-chose qui m’atteint »

On peut parler d’ascension fulgurante pour Edwige Diaz, encartée au Rassemblement national (à l’époque Front national) depuis 2014, et qui a depuis gravi tous les échelons. « J’ai voté Marine pour la première fois à la présidentielle de 2012, mais le vrai déclenchement pour moi a été en 2014, quand je suis allée la voir en meeting pour les Européennes en Corrèze. J’ai pu l’approcher et je lui ai donné ma carte. Et trois semaines plus tard Jacques Colombier [ex-responsable départemental du FN en Gironde] m’a appelé, c’est comme ça que tout a commencé. »

Edwige Diaz prend son adhésion, Jacques Colombier la prend sous son aile. Réputée grosse bosseuse, elle sait aussi se rendre utile. « Il m’a demandé de figurer sur la liste aux sénatoriales en 2014, j’ai accepté même s’il n’y avait aucun enjeu. Il fallait des femmes, de la ruralité, des jeunes… Bref, je cochais toutes les cases et j’ai accepté pour rendre service », analyse-t-elle aujourd’hui avec lucidité. « Je ne suis jamais tombée dans la victimisation parce que je suis une femme » précise-t-elle encore, pragmatique.

Ses débuts de simple militante consistent surtout à distribuer des tracts sur les marchés, appeler des maires, dans des territoires de Gironde parfois franchement hostiles aux idées du Front national. Qu’importe, cela lui permet de s’épaissir le cuir. « Je me suis fait beaucoup raccrocher au nez, mais tout cela m’a endurcie, et aujourd’hui il n’y a plus grand-chose qui m’atteint. »

« Je donne mon numéro de portable facilement »

A l’heure de désigner un successeur à Colombier, un proche de Jean-Marie Le Pen, à la tête de la fédération girondine, là encore elle coche toutes les cases. Mais cette fois-ci, ce n’est plus pour faire de la figuration. Edwige Diaz devient responsable départementale en 2016, intègre le bureau national en 2018, puis le bureau exécutif, « la plus haute instance du parti », en 2021. Dans le cercle le plus proche de Marine Le Pen.

Et elle fourbit ses armes sur le terrain : la trentenaire est propulsée sur le territoire du Blayais, qui a longtemps été une terre de gauche. Candidate aux législatives en 2017, elle perd avec 43 % contre Véronique Hammerer (LREM). Elle s’incline encore aux municipales de 2020 à Saint-Savin avec 43,8 % face au sortant, le PS Alain Renard. Puis, elle conduit la liste RN aux régionales de 2021, où elle finit deuxième derrière Alain Rousset, avec 19 %.

Une série de revers qui n’entament pas sa détermination, car ces résultats marquent une progression du RN en Gironde, particulièrement dans cette onzième circonscription rurale et viticole, terre de « gilets jaunes », qu’Edwige Diaz sillonne inlassablement et qu’elle a donc fini par arracher. « Depuis que Marine est à la présidence du RN, on travaille notre implantation locale, pour contrecarrer les caricatures de manque de sérieux qu’on essaye de nous coller, explique-t-elle. Moi, je donne mon numéro de portable facilement, ça ne me dérange pas. Les gens m’appellent pour que je débloque des situations, parce que chez nous il y a la fracture sociale, mais aussi la fracture numérique, et certains ont besoin d’aide pour entreprendre des démarches. Et je me déplace à chaque fois que c’est possible, je n’ai pas d’heure. »

« Quand j’ai voté Marine, ma main n’a pas pris feu… »

Edwige Diaz se lève tôt, « tous les jours entre 5 heures et 7 heures pour faire ma revue de presse. » « Je me suis passionnée pour la politique, dès que j’ai commencé à me mettre dedans je me suis mise à regarder toutes les émissions politiques, à suivre les réseaux sociaux. Je suis abonnée à toutes les revues spécialisées. Pendant mes temps morts j’écoute BFM ou Cnews, c’est un plaisir pour moi. Et je travaille tous les documents, notamment les schémas comme le Sraddet [Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires]. J’adore lire les schémas. »

Bien que partisane des idées d’une droite dure, elle assure qu’elle n’était pas « prédestinée à devenir députée RN… » Encartée à l’UMP (ex-Les Républicains) pendant un an, elle a voté Sarkozy en 2007. « J’ai aimé le « travailler plus pour gagner plus » et l’idée du « Kärcher », mais finalement comme beaucoup de Français j’ai été déçue. En 2012, j’ai découvert le programme de Marine. J’ai beaucoup aimé le côté « priorité nationale », pour les Français et pour les entreprises, le discours de fermeté à l’égard de l’immigration, la valeur travail. Et quand j’ai voté pour elle, ma main n’a pas pris feu… J’ai assez vite dédramatisé le geste, même si autour de moi on ne votait pas Front national à l’époque. J’avais un grand-père communiste, et ma mère a voté Hollande en 2012. Bon, maintenant ils votent tous RN. »

« La politique prend beaucoup de place, c’est un choix que j’assume »

Issue du monde rural, elle souligne qu’enfant, elle a été élue au conseil municipal des jeunes, à Salles, dans le sud-Gironde. « Je ne sais pas si cela prédestinait de quoi que ce soit, mais je me suis toujours intéressée aux autres. Au collège, je suis devenue déléguée de classe, et à l’âge de 20 ans j’ai intégré une liste divers droite à Salles, même si, là encore, j’étais surtout là parce qu’il fallait la parité et faire baisser la moyenne d’âge… » Elle entre ensuite à la fac de Bordeaux, où elle décroche un master d’Espagnol.

Elle partage avec Marine Le Pen la passion des chats. « J’ai cinq chats. Il y a très longtemps j’ai même dû me déclarer en élevage en raison du nombre de portées que j’avais eues, mais ce n’était pas une activité lucrative. » Côté professionnel, elle a un temps monté une activité de location de parcs de jeux pour enfants, avec son ex-mari. Aujourd’hui divorcée, sans enfant, elle se dit « comblée comme cela. » « La politique prend beaucoup de place, c’est un choix que j’assume. »

« Le RN a changé de dimension avec ces élections »

D’autant plus que son nouveau statut de députée change la donne. « Maintenant, je reçois les invitations, j’ai plus de facilité à dialoguer avec les élus ou avec les services de l’État. Vendredi dernier j’ai eu deux rendez-vous avec la directrice de cabinet de la préfète et la sous-préfète de Blaye. J’ai pu évoquer avec cette dernière l’insécurité qui frappe la communauté de communes Latitude Nord Gironde. Et je vais disposer d’une équipe parlementaire qui connaît aussi le territoire. »

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