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A Lyon, une école de management hôtelier soupçonnée d’escroquerie par des étudiants

L’une des étudiants de l’école SHG Lyon, Anaïs, a porté plainte en mars dernier pour escroquerie et abus de confiance contre le fondateur et directeur de cette école. Une centaine d’étudiants de SHG Lyon ont payé chacun 22 100 euros pour deux années de scolarité, soit un peu plus de 11 000 euros par année de formation, pour, au final, ne pas pouvoir recevoir leurs diplômes.

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Et cela à cause de la situation administrative de l’école, placée en liquidation judiciaire au mois de janvier 2022. Le commissariat de Nantes, où Anaïs a porté plainte, mène toujours son enquête, d’après le parquet de Nantes joint par franceinfo.

Un seul enseignant pour toutes les matières

Cette école créée il y a cinq ans par un ancien responsable de la célèbre école Vatel en Suisse, spécialisée dans le même type de formation, fonctionne d’abord normalement, selon le récit d’Anaïs. L’école dispose de locaux à Lyon avec des salles de cours et « au début quand on était en présentiel on avait un professeur pour chaque matière », se souvient Anaïs. Tout change lors du deuxième confinement, fin octobre 2020.

Toujours selon le récit de cette étudiante âgée de 24 ans, les cours basculent à distance via internet. Rien d’étonnant jusque-là, mais le doute survient lorsqu’ils voient qu’une seule personne enseigne désormais toutes les matières : le directeur de l’école lui-même. Seuls des prestataires, le plus souvent basés à l’étranger, assurent l’apprentissage des langues étrangères. Interrogé à ce sujet, le directeur de l’école – qui souhaite conserver son anonymat – répond : « il n’y a aucune loi qui interdit de donner des cours, j’ai 20 ans d’expérience dans le domaine de l’hôtellerie. Les étudiants sont ravis des cours que je leur ai donnés ».

« Une organisation étrange »

A partir de là, les étudiants, toujours éloignés les uns des autres, commencent à échanger entre eux sur les réseaux sociaux, car tous s’interrogent. Entre eux ils évoquent notamment une perte de temps. « C’était vraiment du superficiel », évoque pour sa part Anaïs.

« On faisait toujours la même chose, on apprenait vraiment rien pour être manager, on nous prenait vraiment beaucoup pour des bébés »

Anaïs, étudiante au sein de SHG Lyon

L’étudiante raconte à quoi ressemblaient ses cours pendant les deux années de MBA (équivalent du Master). « C’était vraiment une organisation spéciale, étrange. Tous les cours c’était de la répétition. On a revu des choses que j’avais apprises en licence. Il n’y avait pas de plus-value ». De plus, toujours selon le récit des étudiants, les élèves sont mélangés par niveau, avec aucun enseignement spécifique, selon qu’ils sont en classe de bachelor (équivalent de la licence) ou en MBA (équivalent du Master). Pourtant, le directeur assure de son côté que les cours « sont de très bonne qualité, les étudiants font des stages dans des hôtels de luxe 5 étoiles, nous sommes au top niveau par rapport aux autres écoles. Cherchez une école qui propose six mois de cours et six mois de stage, vous n’en trouverez pas ».

Une école placée en liquidation judiciaire

De leur côté, à force de faire des recherches sur l’école, les étudiants finissent par trouver en février que SHG Lyon est placée en liquidation judiciaire depuis le 12 janvier 2022, parce que l’école est en faillite. Ce qui veut dire, selon les propres mots du liquidateur judiciaire désigné par le tribunal de commerce de Lyon, que « la société SHG Lyon n’est pas autorisée à poursuivre son activité ». Les élèves continuent leurs échanges et décident de demander des comptes au directeur de l’école. La conversation est enregistrée par les étudiants, nous avons pu l’écouter. Dans l’enregistrement, le directeur évoque des soucis administratifs sans importance qui seront vite réglés. Un récit que le dirigeant de l’entreprise tient à nouveau aujourd’hui. Il assure également que c’est lui qui a convoqué cette réunion pour les prévenir des soucis administratifs que connaît SHG Lyon. Le directeur précise également avoir fait appel et être en train de préparer son dossier, qui sera examiné le 1er décembre prochain.

« Si on avait été vraiment salauds on aurait fermé l’école de Lyon »

Directeur de SHG Lyon

franceinfo

Mais au printemps dernier, les élèves qui estiment déjà s’être fait escroqués par SHG Lyon, se posent désormais des questions sur leurs stages et leurs diplômes. Après avoir été sollicité par certains d’entre eux, le liquidateur judiciaire les prévient dans une lettre datée du 13 avril : « Je rappelle que l’absence de poursuite d’activité interdit depuis le 12 janvier 2022 la signature de conventions de stages, et la délivrance de diplômes ». Et surtout, le liquidateur judiciaire insiste : « à ma connaissance (…) [le directeur] avait continué (et continuait encore) de donner des cours. Il semblerait également qu’il essaie de recruter des étudiants pour les rentrées universitaires prochaines ».

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Ainsi, le directeur de SHG Lyon, est suspecté de préparer la rentrée aux dépens des étudiants et ce alors que son entreprise lyonnaise ne peut plus exercer. Lui assure qu’après le placement en liquidation judiciaire « les étudiants ont été transférés sur d’autres écoles SHG » et donc peuvent continuer leur scolarité et être en stage. Cet entrepreneur dirige aussi d’autres écoles SHG dans plusieurs villes de France, dont Paris et Nice, et aussi en Europe : Barcelone et Lisbonne. Celle de Genève en Suisse a été placée en liquidation judiciaire en décembre 2020.

Capture d’écran de la page d’inscription du site internet de l’école SHG Lyon, le 28 juillet 2022. (AURELIEN THIRARD / RADIO FRANCE)

Une autre affaire, à Paris, cette fois

Jusqu’à la fin de l’année scolaire, le directeur de SHG Lyon devient alors de moins en moins joignable aux dires des étudiants mais aussi des enseignants en langues étrangères, alors que ces derniers, non-salariés, lui réclament le paiement de leurs factures. Certains doivent attendre près de six mois avant de recevoir parfois des sommes allant jusqu’à 2 000 euros. « Des étudiants également ont mis du temps à nous payer, c’est la vie de toute entreprise », répond le directeur de l’école.

Finalement une seule plainte est déposée, celle d’Anaïs, le 10 mars. Selon le parquet de Nantes, elle est traitée depuis par le commissariat de Nantes, le directeur d’école assure ne pas avoir été entendu encore par les policiers. Si les autres étudiants, dont certains pourtant très motivés au départ pour agir, n’ont finalement pas suivi Anaïs jusqu’à présent, c’est que selon l’avocate Hélène Rejou-Méchain « alors même qu’ils sont lésés, ils ont peur de la publicité et de l’impact que ça peut avoir sur leur formation ». C’est pour ça qu’elle espère que la plainte et l’enquête de la police « vont permettre à d’autres étudiants de sortir du silence pour dénoncer ces faits-là ». De son côté, Anaïs l’étudiante à l’origine de la plainte, a arrêté son stage de manager et est désormais employée en CDI comme réceptionniste dans un hôtel parisien. Comme d’autres, elle a dû contracter un prêt étudiant, de 30 000 euros pour couvrir les frais de sa scolarité. 

« C’est moi qui ait choisi l’école et je me sens mal maintenant que mes parents m’aident à le rembourser pour un diplôme que je n’aurai pas. C’est vraiment la pire des nouvelles qu’on puisse avoir »

Anaïs

à franceinfo

A la suite de ces révélations, l’avocate d’un autre étudiant a fait savoir à franceinfo ce vendredi qu’une procédure civile était également en cours contre SHG, cette fois concernant son antenne à Paris, depuis le mois de janvier. Dans ce dossier, une audience s’est tenue à Paris au début du mois de juillet et la décision doit être rendue le 13 octobre. Cet étudiant, qui a étudié entre 2019 et 2020 en MBA à l’école SHG de Paris, a payé 12 500 euros de frais de scolarité mais dénonce lui aussi un mélange des niveaux et un stage ne correspondant pas à du management.

Son avocate, Béatrice Cohen, a mis l’école en demeure en 2020 avant de l’assigner au civil. L’étudiant demande à être indemnisé de ses préjudices, et notamment le remboursement de ses frais de scolarité : « Il demande la condamnation de l’école pour mauvaise exécution du contrat et l’indemnisation de ses préjudices », précise-t-elle.

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